murmure ou cri la peinture parle de la peinture

avec la bouche de l’absence peut-être ou ce soleil derrière

les barreaux qui coule entre les ombres : la présence éclipsée

d’une présence : un visage, et le temps s’arrête

on devine une attente derrière la rumeur de la matière

le corps n’est qu’un morceau de silence, une sensation

entre deux reflets possibles de la vie

 

*

 

l’image n’est pas une image ; rien ne disparaît de l’œil

qui ressent, on reconnaît l’autre côté de l’ombre : une sorte

de blancheur arrêtée au milieu des traces indéfinies

de ce qui s’approche : un peu de jour entre deux silences

comme des lueurs tombées du ciel dans les marges

où l’imprévu ruisselle et questionne l’espace

d’où surgit le réel sous la surface abstraite

 

*

 

on voudrait écouter autant que voir, et cette lumière bue

derrière la vitre, que dit-elle, sinon l’imperceptible

qui ne s’éteint jamais, cette sensation qui fuit et qu’on retient

entre les doigts comme une brûlure toujours emportée

au-delà d’une présence, ou son manque : ce qui vient

sans venir, ces étincelles qui durent dans le souffle

invisible de la toile

 

*

 

ici il y a quelqu’un et là quelque chose mais

quoi mais qui, et comment et pourquoi, toutes ces questions

au bord des yeux qui creusent en effleurant la joie la peur

qui sait de plonger dans le sommeil ou dans l’attente

nichée dans l’inconnu ou enfouie dans l’instant

qui cherche à rejoindre la vérité qui tremble : l’écho

d’une mémoire ou d’un cœur qui bat

 

*

 

quelque chose bouge dans l’air figé respire sous le drap

de la lenteur l’inaccessible rendu visible un bruissement

dans la nuit silencieuse qui parle un mirage qui ne

s’éloigne pas comme le désir prolonge ce qu’on ne sait plus dire

sauf peut-être ce qui de très loin remonte une sorte d’esquisse

de voix de rivière : on retrouve le visage sans fin de ce

qu’on connaît sans connaître : la couleur invisible du temps